Chaque année et deux fois par an, en septembre et en janvier, l’incontournable salon international « Maison & Objet » attire des milliers de visiteurs du monde entier pour rencontrer leurs (futurs ?) fournisseurs et découvrir les nouveautés exposées à perte de vue dans pas moins de 7 halls (Parc des expositions de Paris Villepinte). Excellent pour les yeux comme pour le cœur !
Pour LUCIOLE qui s’y rend (presque) chaque année, l’enjeu n’est pas tant d’additionner les références ou de s’arrêter devant chaque stand de bougies (un hall particulièrement olfactif qu’on peut vite être tenté de fuir !) ou d’objets décoratifs, mais d’être beaucoup plus select afin de cibler quelques exposants clés, tout en restant ouverts à la nouveauté et à de nouvelles tendances d’ici et d’ailleurs.
Regarder sans s’abimer les yeux !
C’est un peu toute la difficulté de l’exercice, car devant pareille profusion de meubles et d’objets de toute sorte, de textile, de tapis, de carnets et d’affiches, l’œil est en permanence sollicité et il faut apprendre à le dompter pour ne pas le fatiguer trop rapidement. Tel Steve Austin ou Super Jimmy, on scanne à 180 degrés en marchant (souvent vite, car une journée sur le salon se traduit par plus de 10 à 12 km de randonnée), tout en essayant de ne pas imprimer sur la rétine trop d’images superflues.
Si tous les goûts sont dans la nature, ce salon en est riche et il y en a vraiment pour tout le monde ! Il faut savoir passer son chemin et ne pas perdre de temps, faire le tri d’un coup d’œil, repérer ce qui compte vraiment.
Cette année, Marc — dirigeant et directeur de création — et Aurélien — nouveau directeur du design au sein du studio (et collaborateur historique de LUCIOLE depuis de longues années) — ont arpenté les allées, appareil photo en main et regard affûté. Pas pour faire le tour, mais pour lire entre les lignes et s’arrêter sur les tendances les plus marquantes ou les objets les plus intemporels aussi.
Apprendre à se réinventer
À l’image de TOLIX®, dont tout le monde connait la fameuse chaise « A » en acier galvanisé créée en 1935 par Xavier Pauchard et sans cesse copiée depuis. Comment une maison quasi centenaire peut-elle rester au centre du jeu, quand elle n’est souvent connue qu’à travers ses modèles emblématiques et historiques ? En se réinventant ! Avec de nouveaux modèles, de nouvelles couleurs, mais aussi une nouvelle image. Pour une maison française dont les effectifs, production incluse, ne sont que d’une vingtaine de personne, chapeau bas !
Aller au-delà d’un premier modèle réussi
À deux pas de là, TIPTOE, une startup française du mobilier qui il y a seulement 10 ans, est partie d’un « simple » pied de table avec une vis de serrage de type « serre-joint », un concept imaginé par Matthieu Bourgeaux et Vincent Quesada. Moins de 10 ans plus tard et près de 70 000 clients, ces ingénieux designers ont lancé une première collab’ avec les Archives Yves Klein et son fameux bleu et, sans surprise, n’ont cessé de vendre des pieds de ce bleu profond jusqu’à épuisement des stocks.
Depuis 3 ans, c’est le tabouret Lou, « bois et métal » fort simple qui cartonne. 3 vis et hop. Plus simple, plus beau, plus robuste et pas beaucoup plus cher qu’un tabouret de la marque jaune et bleue.
Ils ont su multiplier leurs modèles et ouvrir une boutique place des Victoires (à deux pas de l’agence ;). Une très belle aventure qui confirme bien que le design fait vendre !
Faire ressurgir des objets du patrimoine vivant
Le patrimoine et la nostalgie trouvent aussi leur place à Maison & Objet quand, au détour d’une allée, ce sont des boites aux lettres colorées qui nous sautent au visage, et pas n’importe quel modèle : il s’agit de la fameuse boite jaune des PTT réalisée dans les années 50 par la fonderie Dejoie et dont Ulysse, arrière-petit-fils du fondateur et sa femme Sophie ont ressorti les modèles de moules des archives. Une boite aux lettres qui se conjugue en 8 coloris (dont le jaune iconique de La Poste) et dont l’usage pourra être détourné comme on l’entend.
De la typographie helvétique, même sur les bougies
Amoureux d’un design épuré — suisse, ne nous en cachons pas ! — nous ne pouvons que saluer cette démarche de la part de beaucoup de maisons de faire le choix de belles lettres linéales bien équilibrées, quand il s’agit de créer un logotype, un packaging, une affiche ou la couverture d’un beau livre.
Si Baobab — son stand gigantesque et ses bougies XXL qui ne nous impressionnent pas plus que ça — puise son inspiration des terres africaines, son logo reste épuré (à une large silhouette d’arbre près).
Mais pas autant que la marque BOOGIE BOUGIE qui met le paquet sur un design ultra épuré et un « non-logo », comme pour mieux souligner que la richesse se trouve dans le nez (assez fabuleux et notamment la figue et son parfum authentique) des dites bougies.
Vous êtes plutôt Feuilles de Tomate ou Écorce de Sapin ? Connu pour ses verres « cul de bouteilles » (d’où son nom 😉 découpés au laser, QDB Édition présente des bougies tout aussi épurées, avec un jeu typographique ultra minimaliste qui sonne comme une évidence.
Fabricant hollandais de lunettes, LOOP LABB se lâche aussi avec la typo comme avec la couleur en signalétique évènementiel, et on ne va le leur reprocher !
Aeolis enfin, qui en cosmétique met ses produits naturels en bouteilles de verre pharmaceutiques, avant de signer chacune d’elle du nom du principal ingrédient, dans une mise en scène typographique très réussie avec des mots coupés mais sans césure.
Le Japon à l’honneur
Si l’an dernier nous nous étions arrêtés en Corée du Sud avec des designers étonnants et de belles découvertes (dont des brosses à dent torsadées comme des sucettes de fête foraine), quel plaisir en 2026 de croiser autant d’exposants originaires du pays du soleil levant.
Des impressions en Letterpress sur des beaux carnets et jolies cartes chez Tomigaya, de la porcelaine de table Tokyo Designs Studio, des objets plus épurés pour le service du Saké chez Oryzae & Friends et dont on vous partage le site en japonais, tellement il est beau https://oryzaefriends.com/.
Mais aussi des tabourets en origami aux formes et aux couleurs devant lesquelles on s’arrête : le Polystool est réalisé en carton et livré à plat !
Ou encore des tabliers d’artisans chez Anything qui propose aux bars à sushi et autres restaurants nippons le fameux « Maekake », tablier de travail porté depuis plus de 200 ans. Un beau tissu épais — souvent bleu indigo —, un beau marquage blanc en sérigraphie et le soin apporté aux coutures comme à la ceinture colorée. Tout ce qu’on aime ! Il est assez probable que Marc notre directeur de création en porte un, s’il doit à nouveau ouvrir des huîtres à l’agence !
Le kitsch talonneur ?
Et juste derrière toutes ces trouvailles — et plus souvent juste à côté — le goût douteux suit de près les objets et matières plus chics ou et plus épurés…
À tel point qu’Aurélien et Marc auraient presque pu se lancer le pari de réaliser quelques photos de sujets kitsch à souhait qu’on ne rangera pas forcément dans nos moodboards habituels…
Ce que le salon nous apprend
Maison & Objet n’inspire pas des “idées toutes faites”. Il entraîne l’œil. Il rappelle l’importance de la cohérence globale plutôt que de l’accumulation, du rythme plutôt que de la surenchère et de la clarté plutôt que du spectaculaire.
Autant de principes qui structurent aussi le travail à l’agence Luciole, bien au-delà du design d’objet.
Bois, métal, verre, textures brutes ou travaillées avec précision. Ici, les matières ne se déguisent pas, elles assument ce qu’elles sont. Un choix esthétique, bien sûr. Mais aussi un choix narratif : celui de la lisibilité, de la durabilité, de la sincérité.
Dans un monde où le discours prend parfois le pas sur le réel, ces objets rappellent une chose simple : la crédibilité passe souvent par la cohérence entre le fond et la forme.
Deux parcours, deux regards, mais une même exigence « by LUCIOLE »
Si Marc et Aurélien partagent ce regard, ce n’est pas un hasard. Leur collaboration s’inscrit dans la durée, nourrie par une culture commune du design, du sens et du détail juste. Un salon ne donne pas des réponses toutes faites. Il pose de bonnes questions. Et c’est souvent là que commence le vrai travail créatif.
Maison & Objet devient alors un moment de transmission : confronter les points de vue, affiner les lectures, enrichir une méthode. Pas pour suivre une tendance, mais pour continuer à concevoir avec précision. Ou pour en créer de nouvelles…
Et si vous rencontriez Aurélien ou Marc ?