N°369 - 12 mai 2026

Le losange ou le lion

Renault, ou l’art de ne pas être bruyant

La première fois que l’on voit le nouveau losange Renault, il ne se passe pas grand-chose.
Donc, on regarde mieux. On compare. On prend du recul. Et petit à petit, on comprend : tout a été retravaillé, mais rien n’a été bouleversé.

Le losange a été vidé de ses effets, débarrassé de son volume, redessiné ligne par ligne. Il est devenu plus graphique, plus net, presque plus abstrait. Le symbole reste là, intact dans son principe. C’est toute la subtilité de l’exercice : changer sans donner l’impression de changer.

Renault s’inscrit dans une tendance plus large observée chez d’autres constructeurs — Volkswagen notamment, avec son “VW” rétroéclairé — où l’on épure, on simplifie, on adapte le logo à des usages de plus en plus digitaux.

Le jaune s’en est allé

Mais chez Renault, cette simplification ne s’arrête pas au dessin. Quelques années plus tard, la marque commence à faire évoluer son territoire, en s’affranchissant progressivement de ses codes les plus installés.

Le jaune, longtemps indissociable de la marque, s’efface dans certaines prises de parole récentes, au profit de tonalités plus profondes, presque inattendues. Une manière audacieuse et pourtant bien maîtrisée d’ouvrir le champ, sans rompre avec le signe.

Écrire Renault

La typographie aussi fait partie du système, et ce depuis longtemps. Déjà avec Renault Identité, une police dessinée sur mesure, on retrouve une écriture construite comme le logo : des formes assez droites, peu contrastées, avec des détails un peu anguleux. Rien de décoratif, mais une façon de prolonger visuellement l’univers du losange dans les mots.

Plus récemment, la marque a fait évoluer cet ensemble avec de nouvelles polices, comme Renault Life ou Renault Race. La première sert de base à la communication : elle est plus souple, un peu plus contemporaine, pensée pour fonctionner aussi bien sur écran que sur support imprimé. La seconde est plus spécifique, utilisée pour des prises de parole liées à la performance, avec des formes plus tendues, plus expressives.

Ce qui est intéressant, c’est que la typographie n’est pas là pour « faire joli » à côté du logo. Elle participe à l’ensemble. Elle reprend les mêmes principes, les adapte, et permet à la marque de rester cohérente, quel que soit le support.

Un système qui roule

Ces choix se comprennent d’autant plus quand on regarde la manière dont la marque s’exprime aujourd’hui. Le design Renault est en mouvement. Il vit dans des films, des interfaces, des contenus digitaux. On pense à certaines prises de parole récentes — autour de la Twingo notamment — où l’univers visuel est devenu immersif, avec des codes empruntés au motion ou au jeu vidéo.

En partant du losange, c’est tout un système graphique qui découle dont la fameuse forme historique, tout comme les couleurs et la typographie, accompagnent le mouvement. Elles s’animent, se transforment, s’intègrent pour porter une identité résolument dynamique. Chapeau.

Peugeot, ou le plaisir de dire quelque chose

Chez Peugeot, la réaction au regard du logo est toute autre. Le lion est revenu ! Pas un lion stylisé, discret, modernisé à outrance. Non, un lion frontal, inscrit dans un blason, qui assume sa présence. La première fois qu’on le voit, on a presque un petit doute. « Ah bon ? Ils ont fait ça ? »

Designers que nous sommes, nous comprenons qu’il y a quelque chose de très juste dans ce choix. Aller chercher une référence des années 50 aujourd’hui, ce n’est pas céder à la nostalgie, mais plutôt réactiver une posture. Une manière d’assumer un héritage, tout en le réinterprétant.

Dans ce geste, l’enjeu a consisté à enlever, à simplifier, à chercher la bonne tension entre ce que l’on garde et ce que l’on abandonne. D’aucuns diront que c’est souvent la partie la plus difficile.

Et surtout, un choix que l’on pourra difficilement accuser de « blanding ». Car il faut une certaine audace pour remettre au centre une silhouette aussi marquée, aussi patrimoniale, dans un paysage où beaucoup de marques cherchent au contraire à s’effacer.

La typo se tient

Si Renault prolonge son logo dans un système typographique très construit, Peugeot adopte une approche plus silencieuse, mais tout aussi intentionnelle.

La typographie y est moins démonstrative, mais elle joue un rôle clé dans le repositionnement de la marque. Elle fait le choix de caractères élégants, étirés, avec une forme de tension maîtrisée. Rien de spectaculaire, mais une écriture qui installe un ton autant qu’une posture.

À l’image de Peugeot

Là où certains systèmes graphiques reposent sur la forme ou le motif, Peugeot prend le parti de s’appuyer sur l’image. Ainsi, on trouve dans ses récents visuels une construction empreinte de soin : éclairages contrastés, surfaces réfléchissantes, cadrages précis. La voiture n’est pas seulement montrée, elle est mise en scène.

On retrouve des codes assez proches de l’univers du luxe ou de la photographie éditoriale : des ambiances sombres, des détails travaillés, une attention particulière portée aux matières.

Le design, ici, ne cherche pas à se déployer partout. Il s’exprime pleinement dans chaque image, le tout semblant déclamer ce qui nous plait à LUCIOLE de garder en tête chaque jour : less is more.

Le design se permet tout

Ce qui est intéressant, au fond, ce n’est pas tant le design que ce qu’il permet.
Le losange Renault devient un outil. Si son évolution en elle-même est discrète, il circule, s’anime, s’adapte au fil d’un système graphique plus digital, plus mobile, et qui vient révolutionner tout l’univers visuelle de la marque.

Le lion Peugeot, lui, installe une posture. Il donne un point d’ancrage, un repère. 
Il affirme quelque chose de plus stable, de plus incarné. L’univers de la marque peut ainsi se rendre plus statutaire, en reposant sur de belles bases historiques.

Ce sont deux façons de penser le design : l’une comme un système, l’autre comme un symbole. Et entre les deux, il n’y a pas de bonne réponse universelle. Seulement des choix cohérents, qui donnent des univers que l’on prend plaisir à étudier.

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