Lorsqu’une organisation engage un rebranding,
la tentation est grande
de commencer par ce qui se voit : un logo, une palette, un territoire graphique. Dans le cas de MPP (Medicines Patent Pool), il est rapidement apparu que ce n’était pas là que se situait le sujet.
Car derrière l’identité existante se jouait une évolution plus profonde : celle d’une organisation dont la mission avait au fil du temps considérablement élargi son périmètre, sans que son image ne le reflète pleinement.
Une organisation, plusieurs regards
MPP est une organisation internationale, par essence plurielle. Ses équipes sont réparties entre l’Inde, la Suisse, le Royaume-Uni ou la Chine, et rassemblent des profils très différents : juridiques, scientifiques, opérationnels, communicants.
Dans ce contexte, il était difficile — et sans doute contre-productif — de projeter une nouvelle identité sans avoir d’abord aligné les visions.
Nous avons donc choisi d’ouvrir le projet par une phase de maïeutique, structurée autour d’un workshop réunissant ces différentes parties prenantes. L’objectif n’était pas de produire, mais de faire émerger. Mettre des mots sur ce qui avait évolué, sur ce que chacun percevait de la mission actuelle, et sur ce que l’organisation souhaitait incarner demain.
C’est dans ce temps collectif que s’est clarifié un point essentiel : MPP ne se résume plus à un rôle de gestionnaire de brevets. Son action s’inscrit désormais dans un enjeu beaucoup plus large d’accès équitable aux traitements de santé à l’échelle mondiale.
Réduire l’écart entre perception et réalité
Ce type de bascule n’est pas rare. Les organisations évoluent, leurs missions s’enrichissent,
mais leur image reste parfois en retrait. C’était précisément le cas ici. L’identité existante,
assez institutionnelle, ne traduisait ni la dimension humaine du projet, ni son impact concret.
Le travail de rebranding consistait donc moins à « moderniser » qu’à réaligner : faire en sorte que l’image reflète ce que l’organisation est devenue, et non ce qu’elle était.
Une construction progressive et partagée
Une fois ce socle posé, le projet est entré dans une phase plus opérationnelle, faite d’explorations, d’itérations et d’arbitrages.
Sur plusieurs mois, nous avons travaillé en lien étroit avec l’équipe communication, dans un climat de confiance et de transparence qui a largement contribué à la qualité du projet. Les échanges, d’abord ponctuels, sont devenus plus réguliers, jusqu’à s’installer dans un rythme hebdomadaire permettant de maintenir une dynamique constante.
Cette temporalité longue a permis de tester les pistes, d’ajuster les partis pris, et surtout
de construire une identité réellement partagée.
Traduire une mission en langage visuel
L’identité développée s’appuie sur un système graphique à la fois simple et structurant.
Des formes oblongues, inspirées de l’univers médical, viennent se déployer et se multiplier, traduisant visuellement les notions de diffusion, de progrès et d’accès élargi aux soins.
Ce langage visuel permet d’incarner le rôle de MPP comme catalyseur, facilitateur et amplificateur.
Le choix d’un duo de bleus participe également à cette lecture : un bleu de confiance, associé aux notions de solidarité et d’équité, et un bleu d’innovation, qui renvoie à la rigueur scientifique
et au mouvement.
Enfin, un travail particulier a été mené sur l’iconographie, avec une volonté assumée de s’éloigner d’un univers trop clinique au profit d’images centrées sur les individus, les usages et les impacts concrets.
Penser l’appropriation dès le départ
Un projet de cette nature ne se limite pas à la création d’une identité. Il pose immédiatement
la question de son déploiement.
Comment s’assurer que cette nouvelle image sera comprise, adoptée et utilisée de manière cohérente par des équipes réparties à l’international ?
Pour répondre à cet enjeu, nous avons conçu un brand book pensé comme un véritable outil
de travail. Accessible en ligne, structuré de manière claire et opérationnelle, il permet à chacun
de s’approprier rapidement les fondamentaux de l’identité et de les appliquer au quotidien.
Développé sur une solution digitale « by LUCIOLE », cet outil prolonge le projet bien au-delà
de sa phase de conception.
La conclusion
Ce projet aura finalement duré six mois. Six mois pour aligner des visions, clarifier une mission, construire un langage commun. Le design est intervenu à sa juste place : non pas comme un point de départ, mais comme une traduction.
Et c’est sans doute là que réside l’essentiel : une identité réussie n’est pas celle qui transforme une organisation, mais celle qui la rend plus lisible, plus juste, plus fidèle au gré de ses évolutions.